19 avril 2009
Certains post-ados à Granby..
Je vais encore avoir l'impression de me plaindre des gens de Granby, mais comme j'ai une chronique dédiée à cela, je ne vais pas me priver. Il y a de ces événements qui vous procurent quelques frustrations dont je me passerai volontiers mais il faut croire que les comportements humains le veulent autrement.
C'est qu'hier, en revenant que quelques courses à pied, j'ai été dérangé dans ma bulle quotidienne. Je marchais d'un pas lent, me bourrant la face dans des jujubes Maynard (Je ne vous ai jamais dit que j'avais une dent sucrée?) lorsqu'est survenu l'infâme incident Dans cette rue (Mountain) silencieuse vers 9 heures du soir, une voiture est arrivée à ma hauteur. Puis, j'ai entendu un cri de femme, comme dans les films d'horreur venir briser ma quiétude et me donner des sueurs froides. Évidemment, j'ai sentis mon petit coeur faire un triple bond sur lui-même pendant que je m'étouffais dans mes friandises. Rapidement, j'ai repris mes sens pour voir mes assaillants dans la voiture (4 jeunes) qui filmaient la scène avec leur téléphone cellulaire en riant. Merde, me dis-je, des jeunes qui vont se foutre de ma gueule en se tapant leur exploit sur l'ordinateur et peut-être même le foutre sur youtube. C'est que j'étais sur le bord de la crise cardiaque moi. C'est ce que l'on appelle « Rire au dépend des autres ». Et n'allez pas croire que je n'aimais pas ce genre de farce quand j'avais leur âge, j'étais bel et bien pareil.
J'ai vu la voiture tourner dans la rue du terrain de golf, celle qui donne sur un cul-de sac. J'étais tellement fâché que j'avais envie d'arrêter chez moi (qui est sur la route), prendre un bâton de golf et aller les tabasser un peu.. Heureusement, je retiens assez bien mes frénésies et finalement, je ne fais que publier cette scène sur mon blog.
Qui sait, je suis peut-être maintenant une star sur Youtube grâce à une bande de jeunes tarés post-adolescents de Granby sans que je n'aie rien fait pour le mériter. Vive l'insouciance de certains jeunes hantés par les pensées magiques qui les rendent invincibles.
Je vous laisse, je vais me chercher sur youtube!
Un soir de décembre
Ce n'est pas que j'aie l'habitude de me promener aux petites heures du matin, ce matin-là, je faisais de l'insomnie. J'avais donc décidé d'aller marcher sur la rue principale, qui, par un mardi soir (2 heures du matin c'est le jour ou le soir?) de décembre me semblait désertique, si ce n'était des quelques spectres roulants qui patinaient sur les rues enneigées.
Je marchais d'un pas lent, perdu dans dix milles pensées futiles, essayant de les rendre toutes plus importantes les unes des autres quand j'aperçus quelque chose de peu habituel pour mes yeux à la hauteur du parc Miner. Dans un banc de neige, près de l'abreuvoir se trouvait une femme affalé en position de foetus . Elle n'avait pas de manteau et du fait même tremblotait, ce qui me rassura immédiatement. C'était toujours mieux que d'avoir trouvé un corps inerte. Je me penchais près d'elle pour lui parler, mais avant même d'avoir eu le temps de dire quelque chose, elle murmura « Aidez-moi ». Le son de sa voix me donnait des frissons dans le dos. C'était comme si elle provenait de très loin, même si cette femme était tout près de moi.
Cette personne, elle était âgée, tellement que je me demandais si elle n'étais pas centenaire. Son corps était si frêle, que j'avais l'impression que si je tentais de soulever une de ses mains, celle-ci s'évaderait en cendres dans le vent glacial. Pourtant, il était hors de question que je la laisse geler ici, alors je me décidai à la prendre dans mes bars et à la transporter à l'intérieur de ma voiture située dans le stationnement public de la rue Phoenix. Finalement la vieillarde était plus lourde et robuste que je me l'étais imaginée.
- Où habitez-vous?
- Je n'ai plus nul part, depuis que
mon mari est mort hier soir.
Étrangement, j'avais eu l'impression que sa voix se rapprochait à chaque mots qu'elle prononçait.
-Je vous amène chez moi pour la
nuit alors.
Elle fit un hochement de tête en signe d'approbation. Je me sentis légèrement mal à aise, parce j'avais eu l'impression qu'elle était centenaire dehors et maintenant, elle paraissait avoir 70 ans dans le pire des cas.
Après une quinzaine de minutes, nous étions chez moi. Je lui proposai un chocolat chaud, qu'elle accepta avec empressement. Elle se mit à me raconter sa vie, me confessait qu'elle avait eu plusieurs maris. J'avais l'impression qu'elle devait avoir eu un coup sur la tête parce qu'elle me racontait des histoires de différentes époques, dépassant de loin son âge pour aboutir dans les années 1100. Pourtant, pendant qu'elle me parlait, à chaque époque, à chaque amour, il se produisait un changement dans son physique. Les cheveux gris devenait noirs, les plis et les rides du visages disparaissaient. Ses yeux noirs hypnotiques scintillaient à la lueur des premiers rayons du soleil. Je fus stupéfait cette scène, mais aussi charmé par ce qui semblait être la magie que l'on retrouve seulement dans les contes pour enfants Elle ne devait pas avoir plus de 23 ans. Une femme magnifique.
Après qu'elle m'ait raconté tous les amours qu'elle avait connus, les âges et les époques qu'elle avait traversées, il y eu un long silence.
Que je finis par briser d'une seule question:
- Puis-je être ta prochaine époque?
Je ne sais pas comment faire avec..
Je ne peux pas conduire. Non, je ne peux pas. Les gens conduisent mal. Il faut toujours être prudent pour deux. Et même si j'attache ma ceinture de sécurité, qu'est ce qui me dit que c'est vraiment sécuritaire? Son nom? Laissez-moi rire. Ben oui ma voiture est en ordre, elle est fiable. Mais qu'est-ce qui me dit qu'une courroie ne pourrait pas lâcher à la hauteur des rails d'un train? Qu'est ce qui me dit que mon garagiste s'y connaît vraiment en voiture? Il a peut-être des faux diplômes qu'il sort à l'occasion pour faire croire à tous qu'il est ce qu'il n'est pas. Change-t-il vraiment les pièces? Achète-t-il des pièces usagées? Personne ne le sait vraiment sauf lui.
Je ne peux pas marcher. Non je ne peux pas. Quelqu'un pourrait m'attaquer en pleine rue. Pire encore, je pourrais rencontrer quelqu'un que je connais. J'aime pas rencontrer des gens que je connais dans les rues. Ils s'arrêtent, prennent trop de nouvelles, vous parlent trop longtemps. En plus, quelqu'un que vous connaissez pourrait vous voir avec eux. Et là, vous ne voulez surtout pas que les gens qui vous reconnaissaient sachent que vous connaissez ces gens qui vous connaissent. Ça fait des potins. Les potins, c'est malsain. Moi ce qui est malsain, je ne sait pas comment faire avec. Ou encore, un arbre, une voiture, un avion, un ovnis, ou même un crevettier pourrait me tomber sur la gueule. Ça arrive, les choses que l'on ne veut pas voir arriver, et plus vite qu'on le pense.
C'est décidé, je ne mets pas les pieds dehors aujourd'hui. Ni demain. D'ailleurs, je pense que je ne mettrais plus jamais les pieds dehors. Dehors, c'est trop incertain, trop inconnu, c'est dangereux. Et moi, ce qui est dangereux, je ne suis pas capable vous voyez. Je ne sais pas comment faire avec.
Dernièrement, j'ai mis ma femme dehors. Elle a eu l'idée saugrenue de peinturer le salon. Qui sait ce qui aurait peu se produire? Les émanations de la peinture, elles peuvent vous rendre malade. Et par dessus le marché, elle voulait peindre la pièce blanc coquille. De quoi rendre fou quelqu'un qu'il est déjà. Ça fait une personne 2 fois plus folle qu'un cinglé ordinaire. Comme ma femme était déjà folle une fois, je courais un risque terrible à la laisser peintulurer le salon. Alors elle est maintenant dehors et moi dedans c'est plus sécuritaire! De toute façon, je ne savais pas comment faire avec elle.
Depuis une semaine, je ne prends plus mes pilules. Je suis certain que ce n'était pas bon pour moi, la preuve, je suis plus alerte à ce qui m'entoure. Alors, je ne prends plus de bain non plus. C'est que je pourrais me brûler avec l'eau ou pis encore, le bain pourrait être sur un plancher pourrit et je pourrais me faire mal.
Mais ça, ce n'est pas mon pire souci pour l'instant, de me laver. Depuis une heure, je suis assis dans le salon. À me demander quoi faire. Parce que j'ai la trouille. J'ai peur de prendre une mauvais décision.
06 mars 2009
Face à claques
C'est comme cela à tous les matins de semaine. Je me lève, je fais ma routine, un brin de toilette et je pars à pied pour aller travailler. Travailler dans un cubicule minuscule comme le font 50 autres gars en même temps. Un job de merde, 8 longues heures sans fenêtre si l'on compte pas celle qui donne sur le Web où je suis harassé par les 10 000 pourriels que m'envoient cette bande d'attardés pré puberts qui me servent de collègues de travail.
Donc, oui, à chaque matin, je suis de mauvaise humeur et d'humeur encore plus massacrante si je n'ai pas eu de café. Mais cette humeur n'est pas dûe à ce job pourri mais plutôt à cause de lui. Exactement, lui! Ce type que je croise chaque matin, presque tout le temps à la même lumière de l'autre côté de la rue.
Ce n'est pas qu'il paraisse mieux que moi, en fait, il est très petit, très gros (je me demande s'il a déjà vu son pénis dans cette décennie) et c'est le gars qui a sûrement le moins de goût en matière d'habillement que j'ai pu voir en 39 ans de vécu. Le problème c'est que de l'autre côté de la rue, il me dévisage constamment et il sourit tout le temps. Il sourit tout le temps! Ce qu'il peut me faire chier. Je ne sais pas quel type d'emploi il a, mais depuis au moins 2 ans, à chaque rencontres, il me met son putain de sourire figé dans le béton que je ne peux pas blairer en plein gueule.
Justement, ce matin, j'ai pas eu mon café et je suis d'une humeur castratrice. J'arrive au feu de circulation et il est encore de l'autre coté entrain de me dévisager. Là s'en est trop! Le feu de circulation qui est au rouge semble rester sur cette couleur pendant une éternité. « Tu ne vas pas t'en sortir aussi facilement aujourd'hui mon gros » me dis-je intérieurement.
Lorsque le feu tombe au vert, je marche d'un pas décidé vers lui. Quand j'arrive enfin à sa hauteur, je l'empoigne solidement par la nuque. En regardant ses grands yeux écarquillés de surprise, je jubile d'extase! J'approche mon visage contre le sien et le lui roule une pelle tellement intense qu'elle pourrait donner des cauchemars pendant le reste des ses jours aux homophobes les plus aguerris . Et je continue ma route. J'étais certain que demain il aurait changé de trajet.
Pourtant, lorsque j'arrive le lendemain, à la même lumière, cette petite boule de graisse infâme m'attend encore de l'autre côté avec son sourire débile. Et merde.. une nouvelle flame dans les yeux et un bouquet de fleur à la main..
19 février 2009
Peste débilitante
Y'a Jacob, que je rencontre une heure chaque semaine. Un cas assez étrange. Depuis qu'il est entré ici, il porte une casquette avec une hélice sur le dessus de la tête. Comme ces vieux dessins animés des années 80, vous connaissez, boutchou et casse-cou?. Bien lui, il se prend pour boutchou. Il fait une fixation sur ces dessins animés et parle avec une vielle chaussette. Le problème, c'est qu'à 56 ans, t'as vraiment l'air con si tu parles avec tes chaussettes. J'ai pas encore fait de diagnostique, mais je me doute déjà de ce qu'il a. Il est sûrement atteint de cette peste débilitante.
Le pensionnaire suivant s'appelle Daniel. Un cas très dérangeant par les crises de panique qu'il provoque autour de lui. Daniel croit qu'il marche sur le plafond et que le plafond est sur le sol. Le plus gros problème, c'est qu'il croit que nous aussi, on marche au plafond, alors il a très peur que l'on tombe. Il pète des crises de vertige et quand il n'attache pas les gens pour ne pas qu'ils tombent sur le plancher, il se couche sur le sol, rampe, les yeux rixés vers le haut dans l'attente de s'écraser sur son sol imaginaire. Parfois il panique :« Il arrive! T'as vu, y'a bougé! Oh attention!». Quand on l'a trouvé pour la première fois, il s'était cloué sur le planché... Mon diagnostique: peste débilitante.
Un nouveau cas est entré cette semaine. Très jeune, moins de vingt ans, le petit Billy se prend pour un chien. Un gentil chien par exemple. C'est juste embêtant qu'il jappe sans arrêt et renifle le postérieur de tous les gens qu'il rencontre. Et parfois, oui, il défèque sur le plancher. Imaginez la tête de Daniel, le fou du plafond quand il voit cela « Attention à la pluie de merde!! » Je suis content de ne pas être la garde-malade. Diagnostique: peste débilitante aussi!
J'ai vraiment gros des cas de cette fameuse peste qui rend fou. Je pense même que c'est contagieux. Va falloir que j'en parle au ministre de la santé le plus tôt possible. Mais pour le faire, je dois régler un problème avant. Y'a cette garde-malade, celle qui arrête pas de lire l'horscope. Depuis quand j'engage des gens qui croient à ces foutaises? Dans tous les cas, à chaque fois que je me présente à la porte de l'asile pour sortir, elle n'arrête pas de me dire que je ne suis pas psychiatre et que si elle me laisse sortir, je risque de contaminer le monde avec ma stupidité. Elle me dit que je suis malade! Ppfff.. Cette horoscopeuse, je ne peux plus me fier à elle non plus. Mon diagnostique : peste débilitante.
22 janvier 2009
Moi contre moi
Ça allait être mes derniers instants, je le sentais à l'intérieur. Il se servait de ma tête comme un burin sur la table de la cuisine.
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C'était par une matinée de dimanche ensoleillée qu'il était entré dans ma vie, par la porte principale de ma maison. Ma femme venait juste de partir pour déjeuner avec des amies.
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Maintenant, avec nez brisé et mon front fracturé, j'étais incapable de me souvenir à quel nombre de coups il était rendu.
***
Il avait sonné à ma porte et j'avais ouvert. Sur le moment, mon corps s'était figé devant lui. Il est entré et s'est assis sur le sofa du séjour. C'est ici qu'il m'a raconté son histoire.
***
J'ai senti une lame s'abattre sur mon omoplate droite. Il m'a soulevé avec je ne sais quelle force, puis j'ai atterri face première sur la table de verre dans le salon.
***
Il m'a expliqué quelques brides de sa vie. Une théorie sur les «trous de verre », d'autres mondes parallèles, puis cette machine qu'il avait conçu. Son histoire semblait sortie toute droite d'un film de S-F. Par la suite, il m'a parlé de sa femme qui avait eu des complications à l'accouchement. Le résultat avait été la perte du bébé le la mort de celle-ci. En entendant son histoire, j'avais l'impression de ressentir ce qu'il avait vécu. J'en étais troublé. Puis il a parlé de voyages dans différents mondes parallèles à la recherche d'une Camille, comme la sienne, qui l'aimerait autant que dans son propre monde.
***
C'est pendant que ma
mâchoire percutait la céramique de la cuisine que j'ai compris
qu'il avait traverser des dizaines de mondes, pour se retrouver de
nouveau aux cotés de Camille. Qu'il était prêt à se tuer ailleurs
pour revivre avec elle.
L'amant
C'est un calvaire. C'est insupportable, j'vous jure. Parfois je me demande si elle a vraiment besoin de moi. Ce soir, elle a encore oublié de me faire mon repas. Comment a-t-elle pu encore oublié? Moi, je suis toujours là pour elle. Je lui donne toute l'affection dont elle a besoin, je m'occupe d'elle, je la fais rire, je la console quand elle a du chagrin.
Je dirais que les choses ne sont pas vraiment à la bonne place, elle n'a pas les bonnes priorités. Elle ne comprend pas que moi, mon univers gravite autour d'elle. Parfois lorsqu'elle rentre à la maison, elle m'ignore complètement. C'est comme si elle vivait seule. J'ai l'impression que c'est hors de mon contrôle, l'impression d'être attaché. J'ai beau la regarder intensément, faire du bruit pour attirer son attention, elle reste trop souvent de glace.
Ce doit être ce nouveau personnage qui est entré dans sa vie qui l'a transformé. Elle est arrivée un jour à la maison accompagné de ce type. Lui, j'aurais jamais dû accepter qu'il mette les pieds ici. Les signes étaient pourtant évidents, ce type est comme son odeur, il pue. Et pire encore, je ne peux même plus dormir dans mon lit. Monsieur a pris ma place. La femme de ma vie s'est fait un amant. Moi qui croyais la garder à moi seul pour l'éternité, j'ai dû me contenter du divan dans le salon. Quel affront! Dans ma propre maison.
Quand elle s'est levé ce matin, je l'attendais déjà près de la table. Elle a fait à déjeuner sans même tourner un regard vers moi. Lorsqu'elle s'est assise, j'ai posé ma tête sur ses genoux en suppliant « Aime-moi! Aime-moi! Aime-moi! »
Elle a agrippé mon museau et m'a fait une grosse caresse. Puis le connard est entré dans la cuisine et m'a fait une caresse à son tour avant de déposer un baiser sur la joue de ma maîtresse le sourire fendu aux oreille de la nuit de débauche qu'il a eu.
Attends! Attends gros trou du cul de voleur. Tu seras moins heureux quand tu trouveras le cadeau que j'ai déposé sur tes souliers!
21 janvier 2009
Amnésie
Je ne me souviens pas…je ne me souviens plus. Seulement l’odeur de la poudre à mon réveil. Tellement forte que j’ai l’impression d’en être imprégnée. J’essaie d’ouvrir les yeux. Je ne sais pas pourquoi, mais tout mouvement semble douloureux. J’ai la vue brouillée. Un liquide sombre envahit partiellement mon champ de vision. Pourquoi?
J’essaie de me souvenir, mais rien ne vient, j’ai trop mal a la tête. Pourquoi j’ai mal a la tête? J’ai l’impression d’avoir la bouche pleine d’un liquide gluant, l’impression que je vais me noyer, j’ai si mal! Merde! Qu’est que j’ai fait pour être dans cet état?? J’essaie de rassembler mes idées, d’avoir un visuel de la situation. Où suis-je?
De peine et misère, je relève la tête. Je suis dans mon bureau, je reconnais le mobilier. Je suis assis sur ma chaise pivotante. Je veux me lever, mais j’ai peur qu’en me levant, la douleur devienne trop intense. Je ne dois surtout pas m’évanouir, faut que je garde mon calme si je veux savoir ce qui se passe.
À l’aide de mes pieds, je tourne la chaise vers un miroir accroché au mur à ma droite. La vision de moi-même est abominable. Tout le derrière de mon crâne est en morceau, mon visage est couvert de sang. Je ne comprends pas, que m’est-il arrivé? Puis je regarde le sol. Il est jonché de mes restes, d’éclats d’os, de matière grise. Je me rends compte que je tiens quelque chose de lourd dans ma main. Froid, métallique. Un Beretta. Mon Beretta.
Puis ça me revient. Tout. La tristesse, le point de non-retour. Mon suicide.
Merde, je me suis raté.. Pas étonnant avec ce petit calibre. Je relève l’arme lentement, le bras tremblotant, sur ma tempe
Cette fois-ci, ce sera la bonne.
28 décembre 2008
Ici, voyez vos rêves
C'est en trouvant la petite annonce dissimulée dans la rubrique « divers » que je me suis rendu dans l'un des endroits les plus délabrés de la ville. Une simple annonce qui avait su faire son chemin jusqu'au tiroir de mes désirs, dissimulé dans ma boîte à penser: « Ici, l'on vous montre vos rêves!» Je n'y croyais pas vraiment, comme si l'on pouvait connaître mes désirs, j'avais déjà de la difficulté à me cerner moi-même.
En entrant dans l'immeuble, j'ai flairé immédiatement l'arnaque. Les murs délavés étaient recouverts d'une affreuse peinture verte cramoisie et le vestibule empestait l'urine. Un homme corpulent, arborant une barbe non taillée depuis quelques jours et une chemise éclaboussée de taches de ce que je présumais être du ketchup et de la moutarde, attendait accoudé sur un bureau en regardant un poste de télévision noir et blanc.
Je m'approchai de lui. Sans dévier les yeux de son foutu écran, il m'adressa la parole.
- C'est à quel sujet? me dit-il sur un ton exaspéré signifiant que je le dérangeais pendant qu'il regardait la créature de Frankenstein revenir à la vie.
- Je... Je viens voir mes rêves
répondis-je avec un manque d'assurance flagrant.
- Oui, c'est vrai que tout le monde
ne fait que cela ici, venir voir ses rêves. Première porte à
gauche dans le couloir et par pitié, ne vous approchez pas du
miroir!
Je poussais la porte pour entrer dans une pièce complètement vide de la taille d'une petite chambre à coucher. Les murs blancs étaient tous vides à l'exception de l'un d'eux où un miroir occupait presque la totalité de sa superficie. J'attendis quelques minutes, observant mon reflet quand la lampe s'éteignit. Inexplicablement, dans le miroir, la lumière de la pièce était restée ouverte, mais je n'y distinguais plus mon reflet. Puis, de l'autre côté de la vitre, je vis la porte de la pièce s'ouvrir et une femme entra pour se placer au même endroit que moi. Pourtant, elle n'était pas ici avec moi.
C'est en m'attardant sur physionomie, que tout s'est mis à aller de travers pour mon corps, comme si je venait de griller un circuit. Mon coeur s'est mis à battre comme si j'étais entrain de courir un marathon.
C'est que la femme que je voyais à l'instant, je l'avais déjà vue dans le passé, plusieurs fois, mais jamais dans le monde réel. Je l'avais vu un nombre incalculable de fois, dans mes rêves. Elle était si jolie et semblait si douce que même en parcourant la terre entière, je n'aurai été capable de rencontrer son égal.
Tranquillement elle s'avançait vers le miroir regardant dans ma direction puis elle déposait sans main sur celui-ci. À mon tour, je déposai ma main à la hauteur de la sienne sur la vitre frigorifiée. Elle se mit à parler, mais aucun son n'arriva dans la pièce. Un sentiment incontrôlable de l'étreindre m'envahit, tellement que j'en perdis toute logique. Je regardais autour de moi espérant trouver un objet pour fracasser le miroir mais il n'y avait rien dans la pièce. J'étais convaincu qu'elle était là, tout près derrière la vitre.
Je lui fis signe de reculer, j'allais briser le miroir avec mon poing. Elle eu l'air affolée, mais il était déjà trop tard. Mon poing fracassa le miroir qui volait en éclats dans la pièce. Puis les lumières s'allumèrent. À l'endroit où reposait le miroir, il y avait seulement un mur blanc pour répondre à mes attentes.
La panique m'envahit, je l'avais perdue! Elle! Je m'accroupis, essayant de recoller les morceaux. L'homme que j'avais rencontré plus tôt était maintenant dans la pièce à mes côtés.
- Encore un autre qui a brisé le miroir. Vous lisez mal les annonces! Vous êtes tous pareils! Ici, on vous montre vos rêves, l'on ne vous les donne pas!
Mais je ne l'entendais pas. J'étais trop perdu à essayer replacer les morceaux dans lesquels je ne voyais plus que mon reflet
02 décembre 2008
Un souhait
Ça ne faisait pas 2 minutes que j'étais entré dans la file d'attente que les gens me dévisageaient comme si j'étais débarqué d'une autre planète. Mais c'est vrai que si l'on regardait les gens dans la file, tous le sourire fendu aux oreilles, moi, je ne cadrais pas vraiment pas dans le décor. J'avais le goût de pleurer.
Mais je pense que je méritais de formuler une demande cette fois-ci. Je pense que je suis quelqu'un de correct, peut-être un peu brouillon, mais pas méchant. J'aide mon prochain quand c'est possible, j'essaie de ne pas trop polluer, je suis toujours courtois avec mes semblables, même quand il me font suer. J'ai bien quelques petits défauts, mais rien qui mérite d'en faire un drame.
Il restait seulement trois personnes avant que mon tour ne vienne. Une fillette me regarda étonnée et demanda à sa mère « Maman, le monsieur? Pourquoi il est seul? Pourquoi il est triste? » Je n'avais pas remarqué qu'une larme coulait sur ma joue droite. « Chut ! » répondit la mère en me faisant un sourire forcé en coin de bouche.
Mais ça, c'était rien, j'étais loin dans mes pensées, espérant, suppliant le ciel que ma demande soit accordée. Que ce n'était pas impossible, qu'il y avait encore de la magie dans ce monde.
J'essayais de me remémorer ma demande. Il fallait qu'elle soit courte et complète... Voyons, je veux être moins seul, passer de bons moments, connaître un peu de nouveauté, avoir de la douceur, des journées où l'on a l'impression ne n'avoir aucun pied sur terre. Ma demande était simple. Elle pourrait entrer dans une seule phrase.
Je me suis mis à regarder autour moi. Je me demandais si j'étais trop vieux pour que cela fonctionne encore. Non, j'avais encore mon coeur d'enfant, j'étais certain que cela allait fonctionner.
Puis ce fut mon tour. J'étais heureux de constater que le personnage était toujours comme dans mes souvenirs. Il m'observa l'oeil intrigué. J'avais décidé de me pas m'asseoir sur ses genoux, je n'avais plus le poids d'un enfant de cinq ans.
Après une courte évaluation, il se décida à m'adresser la parole. Quelle fut ma surprise de l'entendre dire mon nom, il se souvenait de moi après toutes ces années.
- Ho! Ho! Ho! que puis faire pour toi cette année Simon?
- Je sais, je ne suis plus l'enfant que j'étais, mais je voulais vous formuler une dernière demande, je vous le jure... Je voudrai... je voudrai être amoureux s.v.p.



